L’accouchement des imprévus (dans la nuit du 11 au 12 mai 2017)

Le 11 mai dernier, c’était mon jour J, mon débarquement, mon sanglot long des violons de l’automne, à savoir ma date prévue d’accouchement, d’après les habiles calculs de mon gynéco et de ma sage-femme.

J’ai donc passé toute ma grossesse à dire que le bébé n’étant pas au courant, il pouvait débarouler n’importe quand à partir du 15 avril, jusqu’au 16 mai, et que pfuit, jamais il ne serait là le 11 pile. J’avais, les semaines précédentes, une visite de contrôle hebdomadaire, et ça disait toujours « elle est dans la bonne position, y a assez de liquide, y a plus qu’à l’attendre ».

Et le 11 mai au matin, je suis allée à mon rendez vous de contrôle assez guillerette, pour ne pas dire totalement inconsciente. Ourson avait des exams à faire passer dans l’après midi, il ne pouvait pas rester, donc je n’allais pas accoucher ce jour là, c’était PARFAITEMENT logique dans mon crâne de piaf.

Mais quand même, j’ai embarqué mon sac spécial naissance, essentiellement parce que tous mes papiers étaient dedans et que j’avais grave la flemme de refaire mon sac, c’est aussi bête que ça.

Après la séance de monitoring rallongée par « roooh mais c’est pas possible, mais il dort votre bébé! » « c’est une fille » « oui ben elle dort ». Ce qui a renforcé dans ma tête l’idée que l’accouchement n’était pas pour aujourd’hui: si elle dort, c’est qu’elle n’est pas prête. Logique, je vous dis.

Ensuite on est passé à l’échographie, et là:

« Il commence à y avoir moins de liquide amniotique, ce n’est pas confortable pour votre bébé, il faut aller en salle de naissance, on va vous accompagner ».

Et je réponds « pas de souci », avec un grand sourire béat, parce que… je ne percute absolument pas ce qui est en train de se passer. Ourson, si, et ça se matérialise très vite par un début de crise d’angoisse. Il essaie de le cacher comme il peut mais il y a un signe caractéristique dans ces cas là: il se tord les mains. Les sages-femmes percutent plus vite que moi et tentent de le rassurer. C’est là que je demande très intelligemment pour combien de temps on en a. Si si, je l’ai fait.

On me donne donc une fourchette, entre 12 et 24 heures. J’explique donc à Ourson que c’est parfait, on va lancer le travail, lui il va faire passer ses exams, pendant que je gère les contractions et tout le bordel, il n’aura qu’à revenir pour la fin.

Je pense que les sages-femmes se demandaient si je n’étais pas un peu tarée, ou complètement stone, ou les deux. Ourson, qui heureusement avait gardé ses neurones, lui, me répond que non, andouille, je reste avec toi. Bien lui en a pris, mais ça je le comprendrais plus tard. D’ailleurs, tout au long de cet accouchement, il y a plein de choses que je n’ai pas compris sur le coup, comme si une partie de mon cerveau s’était déconnectée.

On arrive en salle de naissance, je vire ma robe contre une blouse en papier, Ourson a la sienne aussi, qu’il doit enlever en sortant et remettre en revenant. Je m’installe, on remet le monitoring, le cathéter pour la future ocytocine, parce que percer la poche des eaux ne change rien. Et je réclame la péridurale avant le déclenchement, parce que je me soupçonne un peu chochotte, j’ai peur d’avoir mal. Je n’ai suivi que deux cours de préparation à l’accouchement, « périnée, mon ami », et « le corps en post-partum, ce désastre ». Donc je ne sais pas respirer, mais je ne sais pas pousser non plus. J’ai toujours eu peur de m’entraîner, des fois que ça aie des conséquences néfastes sur le bébé…

Il est 11h du matin.

Arrive donc un interne pour poser la péridurale, et une sage femme pour m’aider à rester en position. Interne très flippé de la vie, qui sent qu’il va galérer. Et de fait, après m’avoir demandé si j’avais une scoliose (non), il tente de placer son aiguille, et là je commence à sentir des décharges électriques dans la jambe droite. C’est très douloureux, et ça me fait très peur. La panique me fait crier que je ne sens plus ma jambe. Je ne le sais pas, mais je viens de détruire le peu de confiance en soi de mon interne, qui croit déjà qu’il m’a paralysée. Le temps de se remettre d’accord « vous sentez votre jambe mais vous avez la sensation que je vous électrocute la jambe, ok ok », et il décide que: « bon, bah je l’enfonce pas plus alors ».

Je rappelle que je n’y connais rien, partant du principe que tous les gens qui m’entourent connaissent leur boulot, donc je fais confiance. Eh ouais, chuis comme ça, moi.

Quand on me dit « ok c’est bon, on envoie l’ocytocine », je dis « ça marche ».

Confiante.

Rappelez vous bien de la première syllabe.

On m’explique comment gérer la pompe pour la péridurale, j’appuie quand j’ai trop bobo, allez on vous laisse, tout va bien se passer.

Et j’y crois!

Je me prépare juste à ce que ce soit un peu longuet, il est midi et je suis dilatée à trois.

Une douleur indescriptible envahit mon ventre à intervalles réguliers. J’ai mal, et la péridurale ne marche pas encore. Mais ça va venir. J’y crois.

Très rapidement, je ne gère plus rien du tout. Je ne peux plus m’empêcher de crier quand la douleur atteint son paroxysme. Je n’arrive pas à comprendre que ce sont des contractions. Tout ce que je vois, c’est que je suis très peu dilatée, que j’en ai encore pour au moins dix heures, et que je ne tiendrais pas. Et j’ai peur. Ourson me tient la main, et heureusement que la sienne est solide.

Ensuite tout se mélange. L’interne et la chef anesthésiste se relaient pour essayer de voir ce qui ne fonctionne pas. Je ne comprends même pas que je crie de plus en plus, que les sages-femmes rentrent régulièrement avec précipitation en disant « oh lalalala » ce qui est TRÈS rassurant. J’essaie d’expliquer gentiment que je ne tiendrais jamais, que je n’en peux plus, et qu’il me faut une césarienne, vite. Elles me consolent comme elles peuvent, et essaient de me dire avec diplomatie que non, ce n’est pas possible de « prendre un scalpel et en finir ». Je m’en fous, je le redemande à chaque fois qu’on vient me voir. Je m’y connais en césarienne, c’est comme ça que je suis née, je veux une anesthésie générale, et arrêter de souffrir.

C’est là qu’on percute que mon cathéter est débranché.

Et que ça fait un moment que ma drogue part dans le matelas plutôt que dans le dedans de moi. Tu m’étonnes que je douille. La chef anesthésiste injecte directement dans mon dos, mais ça marche moyen. Et moins ça marche, plus ils essaient de me dire le plus gentiment du monde qu’il faudra reposer ma péridurale.

Je n’arrive plus à aligner deux idées, j’ai envie de faire pipi mais je n’arrive pas à faire dans le bassin, on ne peut pas mettre de sonde parce que je souffre assez comme ça sans péridurale, j’ai envie de pousser mais je ne suis dilatée qu’à quatre, j’ai mal, c’est affreux. L’interne essaie de voir si la péridurale marche enfin. Il a un bidule tout froid, et l’idée c’est que si je sens le froid, c’est que l’anesthésie marche pas.

« Et là, vous sentez que c’est froid, mais plus que sur votre bras, ou moins? »

Ma réponse a été très sobre.

« Je sais pas, je sais plus, j’y arriverais jamais OUIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIN »

« Ok, on repose la péridurale, ça suffit comme ça

-Moi je veux une césarienne, j’y arriverais jamais je vous dis, bouhouhou. »

Et là, la sage-femme a eu LA réponse qu’il fallait à quelqu’un dans mon état. « D’accord, mais pour vous faire une césarienne il vous faut une péridurale qui marche. Alors on s’occupe de ça, et puis on s’occupe de la césarienne après ». Et là d’accord. Avec le recul, je comprends combien l’absence d’Ourson aurait été catastrophique, parce que je m’accroche à lui comme à une bouée de sauvetage.

Cette fois c’est la chef qui va poser ma péridurale, et elle essaie à mots couverts d’excuser son interne, qui a sans doute foiré un truc dans le processus.

Sauf que je suis prof, et que j’en suis fière. Que j’ai un infini respect pour le personnel soignant des hôpitaux publics, et pour le personnel soignant tout court (ces gens voient de la souffrance toute la journée, je ne sais pas si vous visualisez).

Je m’entends donc répondre, alors qu’une sage-femme m’aide à m’asseoir, que ce n’est pas grave du tout, que ça arrive, et qu’il ne faut pas se formaliser pour ça.

Et ça fait six heures que je souffre. Mais je n’en veux à personne, et surtout pas à l’interne. (certains me trouveront sans doute neuneu, mais j’assume).

Pour reposer ma péridurale, il faut que je m’asseye sur le rebord de la couche et que je me décale un peu. Sauf que la première péridurale a marché un chouilla et que mes jambes sont engourdies. Me voilà donc à essayer de me mettre debout, avec une sage femme en face pour me réceptionner, et mes jambes patinent comme celles d’un faon qui vient de naître, je trouve ça marrant.

Alors que ça fait six heures que je ne rigole plus du tout. Quelque chose a changé, mais je ne percute pas tout de suite. La sage femme me répète qu’il faut être très courageuse, que je peux m’accrocher à elle autant que je veux. En plus Ourson est sorti, il a pas le droit de rester pour la péridurale et il n’a pas mangé. Moi non plus, mais je vois pas ce que j’aurais pu avaler…

Je remonte sur la couche en patinant comme Bambi quand Panpan lui apprend à avancer sur la glace, la sage femme m’aide à me rouler en boule et m’enlace comme pour me faire un gros câlin. Et tout ça, je le remarque avant de comprendre que ça y est, j’ai moins mal. C’est pas encore le top, mais y a un mieux.

L’enfonçage d’aiguille sans électrochocs dans la jambe, c’est quand même vachement mieux.

En plus ma sage femme elle sent hyper bon, et elle est toute douce.

C’est mon nouveau doudou.

Elles ont tellement peur que le cathéter se redécroche, qu’elles attachent les tuyaux avec une masse de sparadrap. Et je glousse en me rallongeant.

Comme à chaque fois qu’elle avait essayé de me soulager en m’envoyant une nouvelle dose, l’anesthésiste me précise que ça va mettre environ vingt minutes à faire effet, ce qui jusque là me plongeait dans le plus profond désespoir. J’ai passé six heures à pleurer que je ne tiendrais jamais vingt minutes supplémentaires. Et là:

« Je suis désolée mais ça ne fera effet que dans vingt minutes…

-D’accord!

-Euh… dites, c’est moi où ça va déjà mieux?

-Hihi! »

Dans mon cerveau, ça fait enfin « tilt ». Les contractions ne se sont pas arrêtées, mais ENFIN LA PERIDURALE MARCHE!

On en profite pour poser la sonde pipi, j’entends la sage-femme me dire que j’ai rempli deux bassins comme si c’était la meilleure nouvelle du monde. En fait, tout me rend jouasse. L’étudiant sage-femme (d’où l’aberration de garder le terme, les « sages-femmes » sont aussi des hommes) venu prendre ma température a l’air vraiment soulagé de me voir comme ça.

Et moi donc!

Du coup, on vérifie aussi ma dilatation, j’en suis à huit. Oh putain, mais c’est pour bientôt! Maintenant que je ne souffre plus, je pense à nouveau enfin à une chose essentielle: mon bébé. (je tiens à signaler à tous ceux qui s’opposent à la péridurale parce que ça empêche de « vivre » l’accouchement, que c’est justement grâce à elle que j’ai pu vraiment vivre le mien, me concentrer sur les sensations et penser à mon bébé. Tant qu’elle ne marchait pas, je souffrais trop pour y penser).

Il est 18 heures.

L’équipe se relaie pour constater que ça va de mieux en mieux. Je commence à envoyer des textos, une collègue m’annonce qu’elle a son concours, et me demande ce que je deviens avec le bébé. Bah, chuis en salle de naissance, voilà voilà… J’informe Ourson que la péridurale marche enfin. Il est content, m’entendre crier et pleurer six heures d’affilée c’est pas l’idéal.

A vingt heures, l’équipe de jour s’en va.

La sage femme qui va s’occuper de moi débaroule toute guillerette.

« Bonjour, je suis Winnie, votre sage-femme! On m’a raconté vos malheurs, vous avez été très courageuse! »

Ok, et moi chuis Porcinet.

Elle m’explique comment pousser vu que je sais pas faire, il faut pousser en gardant sa respiration. J’aurais préféré pousser en expirant mais c’est elle qui sait, donc je l’écoute.

« Oh mais c’est super! On voit déjà ses cheveux! Vous vous débrouillez super bien! »

A mon avis, « Enthousiasme » c’est une épreuve à part entière dans le concours pour être sage femme.

« Profitez en pour vous reposer un peu si vous n’avez plus mal, vous en aurez besoin pour après. »

Du coup, on papote un peu avec Ourson, puis on pionce. Régulièrement Winnie passe pour dire qu’on peut encore patienter un peu. Pourquoi? Parce qu’il y a pas assez de personnel, d’autres accouchements plus compliqués que le mien, alors j’attends.

Vers une heure du matin, finalement elle ne naîtra pas le 11, mais le 12, je sonne, parce que les contractions reviennent, que je sais que je suis dilatée à 10, j’en ai assez, je veux pousser!

Winnie revient, comprend, m’installe toute seule en disant que le reste arrive dès qu’elles sont libres. M’en fous, j’ai juste besoin d’une personne pour réceptionner le bébé.

Ourson est réquisitionné pour soutenir ma tête.

Du monde se ramène, mais je suis infichue de dire combien. Avec ma péridurale qui marche, au début, on est obligé de me signaler l’arrivée des contractions, je suis trop stone pour les sentir.

Il paraît que je pousse hyper bien.

Sauf que j’ai vachement du mal à reprendre ma respiration, après chaque poussée je n’y vois plus rien pendant quelques secondes, ensuite j’ai des étoiles devant les yeux.

Ce n’est pas normal.

J’essaie d’expliquer ce qu’il m’arrive, mais à chaque fois que je commence par « je n’y arrive plus » est accueilli par des braiements de pompom girl, à base de MAIS SIIIIIII VOUS ALLEZ Y ARRIVER!!!

Winnie m’explique même que dans certaines parties du monde, les femmes accouchent de leur bébé seules et reprennent le boulot direct, alors, hein.

J’ai trop de péridurale dans les veines pour lui rétorquer « et la mortalité infantile on en parle », non par politesse, mais parce qu’inconsciemment le mot « mort » est interdit dans cette salle pour moi.

Et je galère de plus en plus à retrouver mon souffle.

A un moment, j’entends « voyons, il ne faut pas pleurer maintenant, ça sera pour quand vous aurez votre bébé! ».

Eh, oh, mais je ne pleure pas, c’est quoi ces histoires?

Après enquête auprès d’Ourson, manifestement, si, j’ai pleuré. En tout cas ils ont tous cru que je sanglotais bruyamment, ce que moi, je n’ai pas senti du tout. J’essayais juste de reprendre mon putain de souffle.

Une comparse de Winnie me dit que je pousse trop fort et que du coup j’hyperventile. Du coup on décide de moins pousser, en fait je commence à expirer en soufflant, ce que j’aurais dû faire depuis le début. Une voix dans ma tête me répète que si je veux voir mon bébé, il faut bien qu’elle passe. Et puis je ne vais pas la laisser là. Alors j’intensifie, d’un coup ça fait plus mal que les poussées précédentes, et là:

« Ne poussez plus la tête du bébé est sortie! »

Oh putain.

« Poussez encore un tout petit peu pour faire passer les épaules, vous voulez bien? »

Oh putain.

« Vous voulez la prendre vous même? »

Non mais t’es pas bien dans ta tête, madame la sage femme? J’ai beaucoup trop peur pour ça! C’est fragile les bébés, je vais pas t’apprendre ton métier!

« Euh non, j’ai un peu peur… »

J’ai juste le temps de me dire « et si je la trouve moche je fais quoi? », j’entends un énorme SPLAAAAAATCH, et pouf, j’ai un bébé sur le ventre.

Elle est magnifique, elle a du sang partout, je m’en veux de l’avoir tirée de son liquide amniotique où elle était si bien, je repense à du Quignard, j’ai envie de lui enlever son bonnet et de la couvrir de bisous.

Il était 1h49 du matin.

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Quand tes élèves atteignent des degrés de choupitude insoupçonnés…

Je pense qu’ils font ça par instinct de survie, vous savez, comme les bébés qui ne sont jamais aussi mignons que quand ils vous réveillent au milieu de la nuit pour… rien. (Ou alors j’essaie de me convaincre de ça parce que ma date prévue d’accouchement approche, je sais pas).

Mais par exemple, ça m’est déjà arrivé de retrouver un groupe classe pour le cours d’option grec (je suis une antiquité) niveau collège (forcément ils ont la patate sans être turbulents/ chiants, je fais tout pour rendre les LCA ludiques et leur donner l’envie d’avoir enviiiiiiiiiiiie de continuer. Des élèves motivés donc, mais facilement bruyants et très actifs) alors que j’ai une migraine de ouf, j’ai pas eu le temps de prendre un paracétamol, j’ai déjà un oeil qui voit moins bien, l’impression d’avoir un hérisson dans le crâne plus un sadique qui se fait mes tempes à la perceuse.

« Bon, les jeunes, je vous explique. Mme Tache a la migraine du siècle, donc si vous voulez pas m’achever et conserver une prof de grec gentille et compétente, il va falloir faire le moins de bruit possible et s’occuper à des activités peu remuantes. »

On a donc fait de la grammaire simpliste mais rendue ultra fun par la perspective d’écrire à tour de rôle au tableau à craie pendant que je comatais sur une chaise avec ma tête de zombie, avec un volume sonore tel que dans la pièce à côté ils ont cru qu’on était pas là (sur cet étage, aussi rebaptisé « grenier », les cloisons sont en carton, très pratique pour dire des âneries à son collègue qui a son tableau noir de l’autre côté du carton). Ils ont été absolument adorables ET silencieux.

Et puis, il y a aussi eu:

« Madame, vous avez pas l’air bien, vous voulez un bonbon? » Il ne pouvait pas mieux tomber, j’étais en pleine crise d’hypoglycémie suite à mes nausées de grossesse à répétitions

« Madame, vous êtes SÛRE que vous allez bien? » – un jour que j’arrivais avec un doliprane effervescent dans mon mug, avec une autre « migraine du siècle » – « Bah j’ai un peu mal au crâne… ». La même: « Ah ben heureusement qu’on a éval, vous allez pouvoir souffler! ». Elle a fait passer le mot, personne n’a moufté pendant toute l’éval, pas un seul « on a toute l’heuuuuuuuure??? ».

A la rentrée de janvier, sur une demi douzaine de gamins qui me souhaite « la bonne année et plein de belles choses pour 2017! », y en a qu’un seul qui a été mon élève, les autres ne me connaissent que de réputation ou parce qu’ils sont déjà venus discuter avec moi sans que je les connaisse.

Mon élève de 1ere légèrement atteint du syndrôme d’Asperger, venant d’apprendre que je vais partir en congé maternité: « Ben moi, vous allez me manquer » Moi: « Oh? » Lui: « Bah oui, qui va me remonter le moral quand je déprime? » (donc imaginez bien qu’ avec les hormones j’avais grave la chiale)

Je passe sur les multiples « madame elles sont beeeeeeeelles vos chaussures! » « oh, vous avez un nouveau sac il est trop beau! » (me donnant ainsi l’occasion de me la péter, je l’avais acheté à Rome mon sac) pour arriver au conseil de classe de mes 4eme, le dernier auquel j’ai assisté avant de rentrer couver ma pastèque. Les délégués des élèves font leur petit bilan de la classe, l’ambiance, les progrès, ce qu’ils veulent ou non garder pour la suite. Et à la fin…

« On voulait aussi souhaiter un bon départ à Mme Tache, vous allez beaucoup nous manquer, et puis on adore vos cours et vous êtes super drôle, et puis on vous souhaite plein de bonnes choses pour vous et votre bébé! ».

Donc, sous les regards narquois de leur prof principale qui était avec eux au moment de la préparation du conseil et du dirlo, j’ai fait mon max pour pas chialer façon fontaine et aller leur faire un câlin. Meeeeeuh mes poussiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiins!!!!

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Les nuits avec Ourson (première partie)

Avant toute chose, deux aveux. Ourson c’est mon compagnon – et le père de l’alien / alienette à venir – et de nous deux, l’emmerdeuse du dodo, c’est moi. J’aime dormir, et pour moi, la seule raison valable pour se lever tôt pendant le week-end ou les vacances, c’est de se donner le temps de faire une sieste l’après midi. Si je me lève à midi ça me gâche un peu la sieste de 14h.

Donc je pionce, mais pas à n’importe quelle condition. Il me faut ma couette, mon oreiller – pile à la bonne épaisseur pour ma nuque, avec un autre oreiller c’est pas pareil, je suis obligée de le plier ou de dormir sur un coin légèrement roulotté mais pas trop (tu le situes, là, le terme d’ « emmerdeuse »?), et je ne supporte pas d’être serrée donc je ne porte que des chemises de nuit ou des t-shirts, qui remontent de toute façon, et donc… Bref.

Et depuis quelques années, l’élément indispensable d’un dodo digne de ce nom, c’est Ourson, justement. Parce que je ne dors bien que sur le côté, que je sais pas quoi faire d’un de mes bras donc je prends Ourson dans mes bras pour être calée pile comme il faut.

Ah, et pour compléter le tableau, j’ai quelques restes de somnambulisme. Un des moments les plus mémorables étant celui où je me suis réveillée, à moitié redressée, et le bras levé, prête à envoyer une grosse baffe dans la tronche d’Ourson qui, lui, dormait d’un sommeil paisible, sans réaliser qu’il avait évité de peu une bonne mandale. (j’ai déjà dit que j’étais grosse, mais ce que vous ne savez pas c’est que je suis musclée aussi dessous, 80 kilos en épaulé jeté pour moi c’est jouable. Commentaire du petit frère d’Ourson quand je lui ai prouvé que je pouvais le porter : « ah mais en fait, t’es Hulk, c’est ça ». Donc une patate dans ta gueule avec tout mon élan, tu la sens passer.)

Mais…

Quand j’ai du mal à dormir – j’ai été insomniaque pendant un temps – et que Ourson dort comme une bûche, j’ai découvert en sept ans de vie commune qu’il y avait plein de trucs mignons ou marrants chez lui quand il dort. A commencer par ce que j’appelle  » le dodo sarcophage », que je considérais comme impossible avant de partager mes nuits avec Ourson.

Quand j’étais petite, c’était à la fin des années 80 début 90, et souvent dans les animés japonais diffusés en masse à l’époque, quand les personnages dormaient, ils étaient couchés sur le dos, les bras le long du corps sous le drap, ou par dessus les couvertures, mais toujours le long du corps. Moi, j’étais déjà championne toute catégorie du roulage en boule, coups de pied dans les draps jusqu’à ce que tout soit défait – et une grand mère traumatisée, une – et surtout, je n’ai JAMAIS pu dormir sur le dos. Alors avec les bras le long du corps en prime, le tout sans bouger, c’était mort. J’ai essayé pour faire comme dans les animés, foirage complet. J’en avais conclu qu’il était humainement impossible de dormir dans cette position là. C’est tout. (j’étais une enfant péremptoire).

Et puis, plus de vingt ans après, en couple avec Ourson, et fouinant dans les albums photos de ses vieux, j’ai trouvé une photo d’un petit garçon endormi, la bouche ouverte, les cheveux blonds épars sur l’oreiller, couché sur le dos, les bras le long du corps, par dessus la couette à fleurs. WTF me suis je alors demandé, avant d’aller demander à ma belle doche lequel de ses deux fils c’était (ils ont six ans de différence mais sur deux photos prises au même âge on peut les prendre pour des jumeaux).

« Ah oui, c’est Ourson, ça. Il dormait vraiment bien quand on a pris la photo! »

Moi, j’avais enfin la preuve qu’on pouvait dormir comme dans les animés de quand j’étais petite. J’étais soufflée.

Ourson aussi, mais c’était parce qu’il ne s’était jamais reconnu sur la photo, il croyait que c’était son petit frère.

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La check-list

Je ne suis pas une fille à liste d’instinct. J’en fais parce que j’aime bien le geste d’écrire et que c’est plus facile de faire une liste quand j’ai envie de jouer avec mes stylos que de commencer un roman. Mais à force d’enseigner, je me suis rendue compte qu’il y avait un certain nombre de personnes dont je considère capital de parler à des jeunes, indépendamment du programme. Parce que s’il y a quelque chose que je considère comme essentiel, c’est la culture générale. Comme je dis à mes petits, vous n’êtes pas des héritiers, vous serez obligés de bosser pour vivre, comme moi, comme vos parents, comme les miens. Mais le savoir est infini, et non seulement vous pouvez augmenter le votre à l’infini, mais vous pouvez choisir. Toute votre vie. (je suis énormément neuneu, j’en conviens, mais c’est juste que si je me laissais complètement aller à ma part de cynisme, je me serais déjà foutue en l’air. )

Vous n’imaginez pas à quel point certains gamins sont contents de découvrir des gens qu’ils ne connaissent pas. Un jour, je parlais à des 4eme du 11 septembre 1973 et du coup d’Etat qui a conduit à l’assassinat de Allende (il se serait suicidé… vu le contexte on va me laisser le bénéfice du doute). Et là, une élève me sort la phrase qui m’a le plus filé la chiale depuis mes débuts avec les nains: « mais madame, quand est-ce que les gentils ils gagnent? »

Alors j’ai parlé de Cuba, de la bataille de Cuito Cuanavale, des Cubains qui n’ont jamais été fichus de laisser gagner leur société par le racisme (et qui ont contracté plein de mariages en Angola…), et de Guevara expliquant à Castro qu’il ne peut pas prendre le commandement, parce qu’il est argentin et que pour diriger des Cubains ça va pas le faire. Ce à quoi Castro a répondu: « tu as combattu avec nous, non? bah t’es cubain! ». Plus les images d’archives de rencontres entre Castro et Nelson Mandela (c’est l’idole absolue de mes gamins).

Il y a donc une liste de gens que selon moi les jeunes devraient absolument connaître.

Salvador Allende, du coup.

Ambroize Croizat, un des fondateurs de la Sécu, et un ministre du Travail bien placé pour savoir de quoi il causait, vu qu’il avait commencé à bosser à treize ans, en usine.

Louise Michel et la Commune en général. Idéal pour le programme de 4eme et de Seconde. (on peut embrayer sur Jules Vallès et présenter Clemenceau sous un autre jour que « papy dans les tranchées », pour les 3eme c’est cool).

Jean Jaurès, parce que commencer la guerre de 14 sans parler de lui c’est un peu chaud, et parce que le discours à la jeunesse d’Albi c’est ce que je lis aux élèves quand on marque un temps pour reparler des différents attentats.

Le courage, c’est de dominer ses propres fautes, d’en souffrir mais de n’en pas être accablé et de continuer son chemin. Le courage, c’est d’aimer la vie et de regarder la mort d’un regard tranquille ; c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel ; c’est d’agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l’univers profond, ni s’il lui réserve une récompense. Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques.

Simone Veil, témoin/ victime de la barbarie nazie, qui permet aussi d’aborder avec les élèves la question de l’IVG et de la contraception. Et j’ai comme principe que même si c’est pas précisément mon rôle, je ne peux pas prendre le risque d’éviter le sujet. Donc je serine à mes jeunes qu’on fait ce qu’on veut de son corps, mais que la chasteté n’est pas la solution alors on sort couvert. (mais j’ai une certaine jubilation à raconter aux élèves que certains abrutis, au moment des débats à l’assemblée de 1974, avaient osé dire à Simone Veil qu’elle faisait comme les nazis… et à entendre mes élèves brâmer que c’est un scandale et qu’on aurait dû les mettre en prison, ces sales cons, hein madame).

Mae Jemison, parce que oui, une fille ça peut être douée en sciences, parce que Star Trek, et parce que si la société toute entière vous dit que vous ne pourrez pas atteindre vos buts, vous pouvez toujours lui dire, à la société, d’aller se faire voir. ceci est donc la preuve qu’en écoutant pas mon prof de SVT du collège « tu vis en société alors c’est à toi de t’adapter » on peut faire des trucs bien.

Marc Bloch, mention spéciale quand tu es prof d’Histoire et que tu enseignes à des 3eme. Etape 1: raconter aux élèves qu’il a renouvelé la façon de faire de l’Histoire – quand tu es prof d’HG, il est bon de leur rappeler que tu as aussi une formation d’historien et/ ou de géographe, juste pour ruiner l’adage « ce que tu ne sais pas, tu l’enseignes ». Ma réplique préférée quand un élève s’inquiète de son écriture? « t’en fais pas, je lis des manuscrits du XIIeme siècle… ». Et donc, que sans Marc Bloch, tu n’envisagerais pas du tout ton métier de la même façon.

Etape 2, leur lire cet extrait de l’Etrange défaite (avec la remise en contexte qui va bien, Marc Bloch était médiéviste, et nombre de 3eme découvre ce que ça veut dire « médiéviste »): « Je suis Juif, sinon par la religion, que je ne pratique point, non plus que nulle autre, du moins par la naissance. Je n’en tire ni orgueil ni honte, étant, je l’espère, assez bon historien pour n’ignorer point que les prédispositions raciales sont un mythe et la notion même de race pure une absurdité particulièrement flagrante (…). Je ne revendique jamais mon origine que dans un cas: en face d’un antisémite. Mais peut être que les personnes qui s’opposeront à mon témoignage chercheront-elles à le ruiner en me traitant de « métèque ». Je leur répondrai, sans plus, que mon arrière grand père fut soldat en 93; que mon père, en 1870, servit dans Strasbourg assiégée; que mes deux oncles et lui quittèrent volontairement leur Alsace natale, après son annexion [à l’Allemagne]; que j’ai été élevé dans le culte de ces traditions patriotiques, dont les Israélites de l’exode alsacien furent toujours les plus fervents mainteneurs; que la France, enfin, dont certains conspireraient volontiers à m’expulser aujourd’hui et peut être (qui sait?) y réussiront, demeurera, quoi qu’il arrive, la patrie dont je ne saurais déraciner mon coeur. »

Déjà, ça pose une ambiance. Rajoute que Bloch était dans la résistance et que s’il est mort en 1944, c’est parce qu’il a été assassiné par les nazis, et que ces derniers mots ont été pour rassurer le petit jeune qui allait être fusillé avec lui et qui était terrorisé, t’as des élèves qui chialent.

Si si, c’est les mêmes ados qu’on s’acharne à désigner comme blasés de tout, fatigués de vivre, mous et motivés pour rien.

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Être enceinte: la bouffe.

En tout cas pour moi ça n’a pas été une partie de rigolade. Parce que j’ai eu des nausées depuis quasi le moment où nos deux cellules reproductrices sont entrées en contact. D’ailleurs c’est là qu’on voit mon insondable sens logique – ou mon côté tête de mule, c’est selon.

Oui, parce que j’ai vraiment cru que « je ne digérais vraiment pas bien » pendant deux mois.

Et que naaaaaaaaaaan c’était pas possible d’être enceinte.

Notez que ça a laissé le temps à ma belle-mère de se demander si ce n’était pas sa cuisine qui me rendait malade, et certaines de mes collègues si je ne me faisais pas vomir exprès.

Durant cette période joviale le petit déjeuner était le repas le plus important de la journée – ça montre que je suis à la lettre les préceptes de Gully, mes élèves vont être fiers de moi – parce que c’était le seul qui restait dans le dedans de moi. Après trois mois de grossesse il est devenu un repas comme les autres, c’est à dire qu’il se finissait très mal.

Pour une ancienne boulimique qui n’a jamais totalement guéri, cette situation était assez étrange mais elle avait un effet considérablement pervers. J’ai perdu pas mal de poids et j’en étais super contente. Ce qui fait que, quand je n’aurais plus ni les hormones ni mon alien pour me filer des coups de latte dans l’estomac (par réflexe, je vomis, comme ça, c’est fait), ben j’ai vraiment peur de conserver quand même cette habitude, parce qu’autant je trouve cool de perdre du poids, autant je n’ai rien changé dans ma façon de gérer mon rapport à la bouffe. Enfin, j’ai l’impression.

Quand j’ai évoqué les nausées avec mes deux médecins – généraliste et gynéco – la réaction a été la même « génial, ça veut dire que le bébé s’accroche ».

Et j’ai plutôt bien intégré cette idée, puisque dans mon cerveau malade s’est incrusté « nausées = tout va bien tu vas devenir maman ». Et son corollaire: « pas nausées = euuuuh… on va quand aux urgences pour savoir si le bébé est toujours vivant? ». Mais comme j’ai pas eu d’interruption de nausées pendant plus de 24 heures, j’ai jamais eu besoin d’embêter le personnel des urgences pour ça. (Oui, moi ça m’embête d’aller aux urgences si c’est pas gravissime. Vous savez à quel point le personnel médical est archi-débordé de boulot avec de moins en moins de moyens? Et à quel point on a du bol d’en avoir autant à se tuer à la tâche pour un salaire plus que pas cool?) (c’était ma minute révolutionnaire. Mais franchement, la prochaine fois que vous allez aux urgences, si vous êtes pas trop ravagé par la douleur évidemment, essayez de vous rappelez que si vous attendez ce n’est pas parce que les urgentistes ne font rien, c’est juste que leur service est saturé, et si la personne qui vous soigne n’a pas la super pêche, c’est pas contre vous, c’est qu’elle est probablement épuisée).

Bon après ils ont essayé de me soulager de mes nausées, mes médecins chéris. Sauf que le Primpéran, je l’ai gerbé avec le reste, les gélules au gingembre… euh… il a fini comme le thé au gingembre, vu que je digère plus le thé. Alors qu’avant d’être enceinte, le gingembre c’était ma plante fétiche que j’utilisais pour tout. Mon gynéco m’a dit « boh, vous pouvez boire du Coca. Mais attention, hein, du light! ». Je n’ai rien dit, mais c’était pas comme si j’avais mis cinq ans à arrêter d’en boire non stop. Et puis, depuis quelques semaines je ne le digère plus non plus, ça s’est fait, merci bonsoir.

Après les privations inhérentes à la grossesse, notamment « haro sur les sushis et le foie gras », honnêtement, quand tu gerbes dès que tu manges, ben tu le regrettes pas trop. Moi le seul truc qui me manque vraiment c’est les pastèques, et c’est pas parce que je suis enceinte, c’est parce qu’on traverse cette horrible saison appelée hiver et que y aura pas moyen de revoir une putain de pastèque avant l’été. Du coup je compense avec plein de fruits, certains sont trop acides donc ça me ruine les dents et ça déclenche mes aigreurs d’estomac (elles sont arrivées courant du cinquième mois, bonjouuuuuuuur les aigreurs), et c’est le bonheur. Les pastèques me manquent. La dernière fois que j’en ai acheté, c’était en septembre, je rentrais du boulot, j’en ai vu sur l’étal du maraîcher, j’ai freiné et j’ai ordonné au vendeur de me refiler ma drogue. « Je vous préviens, le prix est un peu élevé » « je m’en fous, DONNE MA PASTEQUE monsieur » (et puis, élevé, élevé… comparer au prix de la viande, c’était que dalle, hein).

Mais bon. J’ai aussi profité des dernières vacances pour aller en Italie, et j’ai découvert que je digérais encore bien les glaces (alors que les pizzas et les pâtes plus du tout, youpi), et ça, c’était une très bonne nouvelle. Mais ils ne font pas parfum pastèque.

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Quand tu annonces à tes élèves que tu es enceinte.

Comme je suis ronde, mes élèves ne se sont rendus compte de rien les premiers mois. Maintenant que ça en fait plus de six, et que je me tire en congé maternité dans un mois et demi, je me suis dit qu’il était temps de leur en parler. Ne serait ce que pour les prévenir que j’allais être remplacée – et rassurer les terminales sur le bouclage du programme LCA avant l’épreuve.

Et bon, ils ont été plutôt gentils.

« Mais ça se voyait pas du tout madame » (une terminale)

« Moi je l’avais deviné », « menteur, c’est moi qui l’avais deviné en premier », « non », « si », etc. (mes cinquièmes)

« Mais ça fait combien de temps au juste? », « Six mois et demi » *rapide calcul* « vous êtes enceinte depuis le début de l’année et vous avez rien dit??? » *regard outré* (une quatrième)

« Vous pouvez pas accoucher plus tard? » (une terminale SVT)

« Mais vous voulez pas l’attendre ici votre bébé? (sous entendu au lycée) parce qu’on va jamais s’en sortir sans vous! » (mes 4eme en panique)

« Et si votre remplaçant il fait plus les fiches de révision comme vous? On va tous se planter! » (mes 5eme en panique). Moi: « Relax, je vais lui expliquer, à mon remplaçant, et il va vous faire travailler de la même façon! »

« A partir des vacances de Pâques vous me verrez plus parce que je serais en congé maternité! » *applaudissements nourris* « Par contre, je ne sais pas encore qui me remplacera » « Ah parce que vous serez remplacée??? » *regard lourd de déception* (mes 3eme un peu à l’ouest).

Mes élèves sont mes petits poussins, et quelque part je suis un peu triste de les laisser. Mais ce que je ne leur dirais jamais, c’est que le lapsus qui leur arrivait parfois quand ils m’appelaient « maman » était un vrai crève coeur tant que j’étais convaincue que je ne pourrais pas avoir d’enfant. Chose qui m’angoisse depuis environ ma puberté.

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Ils m’observent

Et ce n’est pas une exception.

C’est même le lot quotidien de tous les profs à mon avis, les mouflets nous détaillent à longueur de cours, c’est ça ou ils nous écoutent et notent ce qu’on leur dit, donc bon… Et c’est pire quand tu les fais bosser par petits groupes.

Parfois ça donne des réflexions plus ou moins agréables de « madame j’adore vos chaussures » à « quand j’étais en primaire j’avais la même robe que vous » (réponse obligée: « tiens c’est amusant, en primaire je savais déjà quand il fallait me taire… toi non? »). Mais fort heureusement, aucun élève ne m’a fait de remarque sur mon embonpoint (je suis obèse. Médicalement, c’est comme ça qu’on dit.). Ce qui ne m’empêche pas de m’asseoir sur ma table en prévenant « si vous entendez un grand craquement, c’est que ces tables ne sont pas conçues pour me servir de siège ». Et non, je ne le fais pas quand je suis en jupe, faut pas déconner.

Et le drame, c’est quand ils travaillent en petits groupes, et que je passe d’un groupe à l’autre pour répondre aux questions/ les guider dans leur travail/ qu’ils aient l’impression d’avoir Mme Tache rien que pour eux/ les empêcher de se battre en se lançant des gommes, ne nous leurrons pas…

L’avantage c’est qu’ils peuvent avancer à leur rythme – sauf quand un gamin brillant se retrouve avec des clampins, là il est bon pour une crise de nerfs, mais avec Mme Tache, on a aussi le droit de travailler tout seul si le groupe ne fout rien. bah quoi, j’ai dit que j’essayais de les aider à sociabiliser, pas que j’allais réussir, j’ai autant de sens de la camaraderie qu’une murène

Donc l’autre jour, j’étais avec mes 5eme qui avaient mis moins de cinq minutes à mettre les tables dans le bon ordre pour bosser en petits groupes – on est des champions de l’organisation ou on ne l’est pas, même si de l’extérieur on donne l’impression de dissimuler un troupeau de brontosaure dans la classe, et j’ai commencé mon petit périple. Un groupe m’appelle, je viens, je réponds, on discute un peu, et là une élève me sort tout à trac:

« Madame,  vous avez les yeux jaunes. »

Ce qui ne va pas sans déclencher chez moi une certaine panique. Si c’est ma cornée qui vire au jaune, c’est que je fais une crise de foie maousse avec complications – d’où le nom populaire de jaunisse. La possibilité d’un décès plus ou moins proche m’effleure, mais j’essaie de rester digne pour demander des explications – je n’ai pas du tout le temps de mourir en ce moment.

« Entendons nous bien, c’est le blanc de mes yeux qui est jaune? Ou l’iris?

-C’est l’iris, c’est marrant, c’est tout jaune!

-Mais autour, le reste de mon oeil, c’est blanc?

-Oui! »

Evidemment, maintenant ils sont cinq à me détailler la cornée et à constater que c’est « troooop bizarre ».

Je m’en fous, mon foie va bien et c’est tout ce qui compte.

« Nan mais vous inquiétez pas les jeunes. Mes yeux changent de couleur en fonction de la lumière. Normalement ils sont verts, mais selon l’éclairage ils deviennent marrons, ou… jaunes.

-Ooooooh…  »

C’est vrai, c’est un phénomène tout à fait naturel. Mais bon, ils ont quand même le droit de répéter partout que je suis un cyborg, ça leur fait tellement plaisir. Je n’ai peur de rien, je leur ai aussi raconté que quand j’étais petite, j’avais AUSSI des oreilles pointues.

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